Psychopédagogie positive : comment accompagner un enfant en difficulté scolaire sans le juger
Entretien avec Pascal Delarue, psychopédagogue positive, sur sa reconversion, son approche globale des apprentissages, et les outils concrets pour aider l’enfant à reprendre confiance — loin des notes, loin du stress, loin du système.
Dans cette interview, Pascale Delarue, psychopédagogue positive, revient sur son parcours atypique — d’une carrière en communication à un accompagnement centré sur les apprentissages — et explique pourquoi elle a choisi cette voie.
Elle dévoile les fondements de sa pratique : une approche globale, ancrée dans le corps, les émotions et la cognition, qui ne se contente pas de corriger les difficultés scolaires, mais cherche à comprendre ce qui les sous-tend.
Son objectif ? Redonner confiance à l’enfant, déconstruire la pression des notes, et l’aider à reprendre la main sur son apprentissage — avec des outils simples, accessibles, et surtout, humains.
Résumé de l’interview
Dans cette interview, Pascale Delarue, psychopédagogue positive, revient sur son parcours personnel et professionnel, marqué par une reconversion après des études en marketing et communication. Elle explique avoir toujours ressenti un malaise dans ce domaine, guidée par un intérêt ancien pour la pédagogie, qui l’a conduite vers une formation en psychopédagogie positive.
Ce choix s’est imposé grâce à la richesse des modules proposés, qui lui ont permis d’aborder les apprentissages de manière globale, sans se limiter à une seule approche, et en intégrant les dimensions cognitives, émotionnelles et physiologiques de l’enfant.
Son travail consiste à accompagner les enfants, adolescents — et parfois adultes — en difficulté scolaire, en adoptant une approche structurée autour des trois piliers : Tête, Cœur, Corps. La « tête » concerne les stratégies d’apprentissage, la mémoire, l’organisation ; le « cœur », la gestion des émotions, l’estime de soi, les croyances limitantes ; le « corps », les besoins physiologiques comme le sommeil, le mouvement, le temps d’écran.
Elle insiste sur le fait que les difficultés scolaires sont souvent des symptômes d’un malaise plus profond, et qu’il est essentiel de comprendre leur origine — stress, manque de stratégie, trouble d’apprentissage, ou contexte familial — avant d’agir.
La première séance se déroule avec les parents et l’enfant, pour explorer le contexte global (école, relations, sommeil, émotions). La séance suivante, elle demande d’apporter les contrôles scolaires non pas pour juger, mais pour déconstruire la notion de « bien/mal » et identifier ce qui a fonctionné — même un 9/20 contient des réussites à valoriser.
Elle travaille en réseau avec d’autres professionnels (orthophonistes, neuropsychologues, psychomotriciens) et réoriente si la difficulté relève d’une pathologie (dépression, trouble sévère), car elle ne pratique ni diagnostic ni thérapie.
Elle distingue clairement son rôle de celui d’un psychologue : elle ne traite pas les pathologies, mais outille, accompagne et autonomise. Son approche repose sur l’adhésion de l’enfant, la collaboration familiale et une forme de coaching pédagogique. Elle insiste sur la nécessité de dépasser la pression des notes, de valoriser les forces, et d’utiliser les intelligences multiples pour redonner confiance à l’enfant.
Elle critique le système éducatif actuel, qu’elle juge trop passif, normatif et stressant, créant des souffrances chez les enfants qui ne rentrent pas dans le moule. Elle plaide pour l’intégration de pédagogies alternatives (Montessori, etc.) et une meilleure formation des enseignants sur les apprentissages, les troubles et la psychopédagogie.
Elle intervient aussi en collectif (centres sociaux, associations, écoles) pour diffuser ses outils à ceux qui ne peuvent pas se permettre un suivi individuel.
Enfin, elle rappelle que le rôle de l’adulte est de soutenir, non de juger — et que la confiance en soi se construit par l’expérience, les petits pas, et une valorisation juste. Une note ne définit pas un enfant. L’objectif est de l’aider à reprendre la main sur ses apprentissages, à retrouver autonomie et confiance — pour lui permettre de grandir, d’apprendre, et de réussir à sa manière.
Transcription de l’interview
Parcours et reconversion vers la psychopédagogie positive
Danaë Holler :
Bonjour tout le monde et bienvenue dans une nouvelle vidéo. Aujourd’hui je suis accompagnée de Pascale Delarue qui est psychopédagogue positive et qui va répondre aux questions que vous m’avez posées sur Instagram. Donc on va tout de suite commencer avec une première question.
Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur ton parcours, sur qu’est-ce qui t’a mené à la psychopédagogie positive ? On va y revenir peut-être sur la différence entre les deux. Donc est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce qui t’a mené jusque là ?
Pascale Delarue :
Oui. Alors, bonjour à tous. Donc moi, c’est une reconversion. Initialement, j’ai fait des études en marketing, en communication, en commerce. J’ai travaillé dans ce domaine-là. Et puis, en fait, dès le début, dès mon entrée dans le monde du travail et dans ce domaine, je ne me suis pas sentie à ma place et je savais personnellement que c’est autre chose que je voulais faire.
Et donc, voilà, je me suis longuement questionnée. Et je suis revenue à ce qui m’intéressait depuis très longtemps, c’est-à-dire la pédagogie. Et j’ai trouvé cette formation de praticien en psychopédagogie positive qui m’a totalement emballée. Et après plusieurs années de réflexion, parce que ce n’est pas toujours simple d’amorcer un changement, c’est sur cette formation que s’est porté mon choix.
Pourquoi cette formation ? Une approche multidimensionnelle
Danaë Holler :
Ok, et alors pourquoi spécifiquement celle-ci peut-être par rapport à d’autres ? Parce que j’imagine que quand on fait une reconversion, on a pléthore de formations, c’est pas simple à choisir. Pourquoi celle-ci précisément ?
Pascale Delarue :
Alors ce que j’ai aimé dans cette formation, c’était déjà le fait de pouvoir travailler avec les enfants et les adolescents sur la thématique des apprentissages. Donc ça c’était, j’ai senti qu’il y avait quelque chose qui m’appelait en fait là-dessus et tout simplement après quand tu refais un peu le fil de ton histoire, je me souviens qu’en primaire j’avais vraiment déjà ce questionnement : de me dire, mais pourquoi est-ce que certains élèves n’y arrivent pas ?
Pourquoi certains instituteurs réagissent fortement ? Certains parents se stressent autour de l’école. Et donc, ça a refait sens au moment de faire le choix de cette formation. Et après, dans cette formation spécifiquement, j’ai beaucoup aimé les modules qu’ils proposaient.
En fait, il y a différents modules et qui permettent de… J’avais pas envie de m’enfermer en fait dans… dans une seule manière de faire. Et là, vraiment, il y a plusieurs propositions avec différents modules. Donc, j’ai trouvé ça vraiment passionnant à la lecture du contenu de l’information. Et donc, je me suis lancée.
Le métier de psychopédagogue positif : rôle, missions et quotidien
Danaë Holler :
Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus, du coup, sur le métier de psychopédagogue positif ? On précise aussi qu’on travaille toutes les deux dans le même cabinet en libéral. Depuis maintenant, combien de temps ? Ça fait combien de temps que tu es arrivée ?
Pascale Delarue :
Alors, moi, ça fait une année. Ça fait un an. Ça y est. OK, top, bravo. Dans ce cabinet-là, tout à fait.
Danaë Holler :
OK, donc on va souffler la première bougie… de ce cabinet en tant que psychologue et toi en tant que psychopédagogue depuis un an.
Est-ce que tu peux nous détailler un petit peu plus le rôle, les missions et là où tu travailles et quelle est ta pratique de tous les jours ?
Pascale Delarue :
Alors moi, j’accompagne des enfants, des adolescents voire même des adultes qui rencontrent des difficultés dans le cadre des apprentissages. Et donc, je vais travailler sur une approche dite Tête, cœur, corps. Donc la tête c’est comment est-ce que j’apprends, comment fonctionne mon cerveau quand j’apprends, quelle stratégie de travail est-ce que je peux mettre en place lorsque je rencontre des difficultés, ou même lorsque je ne rencontre pas. Donc l’aspect très cognitif finalement de l’apprentissage.
C’est ça, en lien par exemple avec la mémorisation, la concentration, l’organisation, etc. Le cœur, ça va plutôt concerner la gestion des émotions, la gestion du stress, l’estime de soi, les étiquettes qu’on nous colle quand on n’est pas très bon à l’école, les croyances qui en découlent. Sacré sujet. Voilà, et donc c’est vraiment finalement une part assez importante lorsqu’on rencontre des difficultés scolaires, cette partie-là. Et pour finir, le corps, ce sont mes besoins physiologiques, sommeil, sport, le temps d’écran.
Aujourd’hui, on en parle de plus en plus. Et finalement, ça intervient aussi beaucoup dans les apprentissages. Parce que si je manque profondément de sommeil plusieurs nuits de suite, on sait maintenant qu’il y a des répercussions sur… Mes notes. Clairement. Même sur le temps d’écran, on a beaucoup déjà discuté, même sur la chaîne, il y avait des professionnels qui étaient intervenus sur ce sujet. Mais c’est vrai que c’est en fonction aussi du contexte, j’imagine.
Première séance : avec les parents et l’enfant, pour comprendre l’origine du problème
Danaë Holler :
Tu rencontres donc les parents dans un premier temps avec l’enfant.
Pascale Delarue :
Oui. Alors la première séance se fait avec les parents et l’enfant. Et à ce moment-là, on pose vraiment tout un tas de questions très en lien avec l’école et les devoirs, mais pas que. Comme j’ai dit, le sommeil, le temps d’écran. Et puis même à l’école, comment ça se passe ? Est-ce que tu as des amis ? Comment ça se passe avec tes professeurs ?
Pour vraiment essayer de… de comprendre l’origine du problème. Parce que finalement, imaginons que j’ai un problème de mémorisation, l’origine n’est pas toujours le même. Tout à fait, complètement. Je peux manquer de sommeil, être dans un stress intense qui fait que ça ne rentre pas dans ma tête, ou je peux manquer de stratégie d’apprentissage.
Les raisons peuvent être totalement différentes. C’est ça qu’on essaie de creuser pendant la première séance notamment.
Méthodes et accompagnement : bilans, contrôles, et outils concrets
Danaë Holler :
Ok, et donc une fois qu’on a potentiellement, parce que j’imagine que c’est beaucoup d’hypothèses finalement, identifié possiblement l’origine de la difficulté, il y a des méthodes du coup, c’est un programme que tu proposes avec des objectifs, un temps de séance délimité, un nombre peut-être ?
Pascale Delarue :
Alors déjà, s’il y a d’autres suivis avec d’autres professionnels, je vais demander les bilans pour essayer de compléter les informations transmises par la famille. Il y a aussi mes observations. Et ensuite, la séance suivante, généralement, je demande… à ce qu’on m’amène les contrôles. Et ça a l’air tout bête comme ça. Mais vraiment, mais sans pression.
Des fois, je rassure les jeunes en leur disant, je ne suis pas là pour dire c’est bien, c’est pas bien. Au contraire, justement, c’est même pour… dézoomer et avoir un autre rapport à la note aussi. Ça, c’est quelque chose sur lequel j’insiste beaucoup au cabinet, même avec les parents. On est beaucoup dans le…
De manière générale, on croit que c’est juste bien ou pas bien, point barre. Alors qu’en fait, le but, c’est de savoir où j’en suis dans mon apprentissage et qu’est-ce qui a fonctionné. Parce qu’il y a des choses qui ont fonctionné, même quand j’ai un 9 sur 20. J’ai réussi, j’ai eu 9 points. Donc, qu’est-ce que j’ai mis en place pour que ça fonctionne ?
Et sur les 11 points qui ont moins fonctionné, on va creuser aussi. Mais on valorise toujours aussi. Parfois, ça arrive aussi que je vais… poser toutes les questions et l’élève, l’enfant sait répondre à toutes les questions. Donc là, on peut creuser sur d’autres choses.
Est-ce que c’est le stress qui t’a empêché de te souvenir ?
Est-ce que c’est qu’en fait, il y a peut-être une dyslexie, une dyspraxie qui fait que la compréhension et le fait d’écrire, ça va être compliqué de faire toutes ces tâches en même temps, de comprendre la question, trouver la réponse, écrire, ne pas faire de fautes d’orthographe. Ça peut être vraiment une montagne pour certains enfants qui ont des troubles des apprentissages.
Travail en réseau : collaboration avec les professionnels et réorientation si besoin
Danaë Holler :
Du coup, de ce que je comprends, tu parlais tout à l’heure des fameux bilans. C’est par exemple avec un neuropsychologue ou une orthophoniste, pouvoir récupérer toutes ces informations-là et en complémentarité de ce suivi, pouvoir proposer un accompagnement en parallèle, mais qui est complémentaire ?
Pascale Delarue :
Exactement. Et c’est intéressant de savoir s’il y a un trouble des apprentissages ou si nous, on suspecte quelque chose. À ce moment-là, on oriente vers un professionnel pour avoir des informations complémentaires.
Danaë Holler :
D’accord. C’est important. Donc justement, au niveau de la réorientation, à quel moment tu réorientes ? C’est-à-dire que tu as un enfant presque tout venant qui vient, parce que j’imagine que c’est la première étape, du coup, au niveau des parents qui peuvent prendre conscience qu’il y a une difficulté d’apprentissage.
On a tout de suite parlé de troubles, finalement. C’est au moment où toi, tu perçois qu’il y a quelque chose qui n’est pas OK, justement, un enfant en difficulté, que tu vas pouvoir demander un bilan, par exemple ?
Pascale Delarue :
Oui, c’est ça. En fait, j’ai mes antennes qui sont sorties. Et puis après, selon les informations et ce que je vais pouvoir observer, plus, comme je te dis, la deuxième séance, chaque piste que je peux avoir, je vais pouvoir me dire là, je vois qu’il y a une difficulté vraiment importante au niveau, par exemple, du geste.
Si on me dit qu’il y a un problème au niveau de l’écriture, je vais continuer à tirer un petit peu la ficelle et voir s’il y a peut-être d’autres problèmes, par exemple, pour faire du vélo, pour dessiner.
Danaë Holler :
Est-ce qu’il y a besoin, du coup, d’aller voir un psychomotricien, par exemple ?
Pascale Delarue :
Et c’est vrai que c’est une très bonne question parce qu’en fait, il y a beaucoup de parents qui vont venir nous voir parfois en premier. Parce que les apprentissages, c’est vite un sujet de stress dans les familles. La chute des notes, etc. Et puis, il y a vraiment ce rapport écrit du professeur ou de l’enseignant.
Il y a cette comparaison avec les autres élèves qui fait que parfois, c’est la porte d’entrée. On a vraiment remarqué que ça n’allait pas au niveau de l’apprentissage. Mais parfois, il y a d’autres problèmes. C’est la conséquence finale. Et parfois, il y a un mal-être important. Il y a des enfants, des adolescents qui font des dépressions. Tout à fait. Très masqués, d’ailleurs.
C’est très insidieux. Voilà. D’autres, des problématiques familiales ou des troubles des apprentissages. Et donc, c’est vraiment essentiel de voir s’il n’y a pas, quelle est l’origine, et pour sinon rediriger vers un psychologue, un neuropsychologue.
Danaë Holler :
Donc finalement, tu es au carrefour de la prise en charge de l’enfant et tu réorientes vers telle autoroute, telle petite départementale ?
Pascale Delarue :
Exactement, c’est ça. En fait, des fois, on se disait, on est un peu le généraliste dans ce secteur-là. Super, oui, des apprentissages. Dans le secteur des apprentissages, parce que parfois, on vient nous voir en premier lieu et en fait, il y a besoin aussi d’autres accompagnements.
Ou alors… c’est un enfant qui est déjà bien pris en charge, et à ce moment-là, je sais ce qu’il me reste à faire. C’est beaucoup plus simple aussi de savoir… Et puis ça peut complètement aussi, je pense, dans un suivi, moi imaginons que je vois un enfant qui a des difficultés d’apprentissage, aussi venir dégrossir ce travail-là pour permettre à l’autre professionnel de se centrer là-dessus, sur une autre problématique, et de venir dire, les notes à l’école, c’est peut-être pas au cœur de la table, et ça peut être intéressant de différer ça et de mettre ça ailleurs.
Qu’est-ce que la psychopédagogie positive ? Une approche inspirée de la psychologie positive
Danaë Holler :
Tu as parlé tout à l’heure d’être praticien en psychopédagogie positive. Qu’est-ce que ça veut dire psychopédagogie positive ?
Pascale Delarue :
Alors, c’est cette fameuse approche, peut-être que record, dont j’ai parlé, cette approche multidimensionnelle. Très globale, finalement, de l’individu. Très globale. Mais on reste sur le domaine des apprentissages, en lien avec la gestion des émotions, etc. Bien sûr, ça gravite.
Qui vont avec les difficultés d’apprentissage. Et pourquoi positif ? Parce qu’on est sur le courant de la psychologie positive. Ok, ça marche. N’hésitez pas à nous dire si vous voulez pourquoi pas une vidéo sur la psychologie positive, parce que moi j’ai appris très dernièrement ce que c’était, ce n’était pas du tout mes outils, et c’est ce qu’on discutait tout à l’heure en off, toutes les deux.
Il y a certains masters en psychologie qui vont proposer, souvent sous forme d’options, ou même finalement de spécialités, la psychologie positive, avec vraiment tous les courants de Martin Seligman par exemple, ce qui est très anglo-saxon d’ailleurs, ça a été développé vraiment là-bas.
Mais par exemple en ce qui me concerne, master d’orientation analytique, forcément on ne cause pas trop de… ce genre de choses.
Danaë Holler :
Donc, du coup, toi, c’est finalement l’outil que tu utilises pour avoir un regard sur l’enfant de façon globale, holistique, finalement, de sa compréhension, toujours en précise, en lien avec les troubles des apprentissages.
Pascale Delarue :
C’est ça. C’est vraiment l’axe qu’on prend avec, justement, le fait de prendre en compte les émotions, la gestion des émotions, l’outil d’apprendre à se connaître et de se focaliser sur les qualités. Et finalement, ça fait beaucoup de bien aux enfants qui ont des difficultés de savoir un petit peu plus quelles sont mes qualités.
On travaille aussi autour des intelligences multiples. Ça, c’est un super outil. On se compare à l’école sur juste deux intelligences multiples. Et en fait, j’ai peut-être plein d’autres talents à exploiter et qui me permettront de trouver un super métier en lien avec ça plus tard.
Parce qu’il y a aussi le stress. Les enfants, oui, ils héritent un peu du stress parfois parental. Alors, des parents et puis même eux, effectivement. Moi, je vois quand je rencontre des enfants qui ont 6-7 ans qui sont déjà à se dire « Ok, il va falloir que j’aille dans tel collège qui me donnera la possibilité d’aller dans tel lycée. »
L’anticipation. Je ne sais pas si c’est positif ou pas, ça justement, mais de mon temps, et pourtant je ne suis pas bien vieille, mais il y avait effectivement un peu plus peut-être de légèreté et de fluidité dans ce parcours-là, alors que maintenant, effectivement, il y a les notes et les appréciations. Là, il y a eu effectivement toute la puissance de parcours sup pour les jeunes qui se disent « Ok, il faut que j’ai telle option. »
Danaë Holler :
C’est une catastrophe. D’ailleurs, j’aimerais bien avoir ton avis sur le système éducatif actuel.
Qu’est-ce que tu en penses, toi, des notations, des appréciations, de comment ça se passe actuellement ? Je pense qu’on peut mieux faire…
Critique du système éducatif : passivité, pression, et besoin de pédagogies alternatives
Pascale Delarue :
Toujours, oui. Si je peux me permettre. Je pense qu’il y a pas mal de choses qu’on pourrait vraiment faire évoluer. ne fonctionne plus complètement. Pour moi, le système éducatif tel qu’il est fait aujourd’hui, il place l’élève dans une certaine forme de passivité. Tu es assis sur ta chaise quasiment toute la journée.
De temps en temps, oui, tu produis un… tu fais un exercice, donc il y a quand même une production, mais ça reste assez minime. En France, il faut aussi dire qu’après, quand je suis à la maison, on ne donne pas énormément de petites responsabilités en lien avec l’âge, ce qui fait que ça peut parfois aussi…
Voilà, on est un peu dans cette passivité, alors que justement, ce qui est de plus en plus prouvé, même les chercheurs en neurosciences, c’est le fait d’être proactif. Tout à fait. De prendre les choses en main, c’est moi. Et je suis capable. C’est ça le message, au final, c’est je suis capable. Donc, il est fait d’une certaine manière à ce que… Et puis, si je ne rentre pas dans le moule, c’est très compliqué.
C’est vraiment source de souffrance, mais une réelle souffrance pour de nombreux enfants, adolescents et jeunes adultes. Et c’est terrible. Et moi, ce qui me chagrine, c’est que… Il y a quand même plein de pédagogies alternatives, différenciées qui existent. Et on a eu quand même de plus en plus de retours dernièrement.
On le sait, il y a eu des travaux, il y a eu même des scientifiques qui se sont penchés par exemple sur la pédagogie Maria Montessori. On voit de plus en plus tous les bénéfices de ces pédagogies-là. Et je trouve qu’on a encore beaucoup de mal à venir les insérer dans l’éducation nationale.
On n’est pas obligé de tout prendre à la lettre. Mais on peut toucher dans tout ce qui est sensé et bien fait et qui fonctionne. Et ce serait vraiment, vraiment intéressant. Il y a des instits et il y a des professeurs qui se battent pour le faire. À leur échelle, mais c’est dommage parce que du coup, ça demande beaucoup d’énergie à une petite échelle.
Alors que si ça vient du haut, c’est quand même beaucoup plus facile. Et je pense qu’aussi dans la formation des instituteurs, des professeurs, il faudrait davantage un pan sur apprendre à apprendre. Un peu peut-être de psychopédagogie positive. Le développement de l’enfant aussi, ça peut être intéressant.
Et autre chose qui me semble aussi assez évident. c’est le fait d’avoir un minimum de connaissances sur les troupes des apprentissages, etc. Parce que forcément, moi, je n’ai pas du tout la pierre. Ce n’est pas aux instits. Je pense qu’il faut que ça remonte un peu plus haut. Dans la formation, on ne va pas te dire comment ça, tu n’es pas renseignée.
C’est très culpabilisant. Ce n’est pas la peine d’en venir. Il y en a qui le font, certes. Mais ce n’est pas obligatoire de faire parce qu’on n’a pas toujours le temps. Mais ce serait très intéressant que ce soit déjà dans la formation des professeurs.
Danaë Holler :
Pascale Delarue :
Oui, justement, les projets d’accompagnement qui sont si compliqués, alors que voilà, c’est assez rapide à faire, mine de rien, mais à mettre en application, il y a vraiment un gap, en fait, entre le moment où on a le papier entre les mains, et le moment où, progressivement, il y a quelque chose qui peut en découler pour l’enfant.
C’est effectivement compliqué. Je reviendrai dans une vidéo à la rentrée, qui est la grosse vidéo, c’est un sacré projet que j’ai, justement, sur… le système éducatif, où ce sera quelque chose de très personnel, parce que j’en ai malheureusement fait les frais de façon très négative, avec beaucoup de pression de la part des instituteurs.
Il fallait absolument toujours avoir plus de 12, parce que sinon, on n’est pas si bien que ça, parce que 10 c’est la moyenne, donc on est un peu plus au-dessus, et puis à aucun moment de se questionner sur, peut-être qu’il y a une hypersensibilité, peut-être qu’il y a une difficulté de gestion émotionnelle, peut-être qu’il y a un traumatisme qui fait que les apprentissages sont bloqués aussi, et qu’une autre façon d’apprendre est possible.
Je m’en suis rendue compte quand, à un moment donné, c’est la maman d’une voisine qui m’a dit « Mais en fait, regarde ton exercice de maths, si tu le prends comme ça et que tu switches là, et là, le déclic total… ».
C’est ça, juste une autre façon de voir, une autre mise en application, hors du stress, hors du système éducatif d’une classe complètement fermée où on est, comme tu le dis, vissé sur une chaise. de 8h du matin à 17h le soir, c’est quand même assez compliqué. Donc, je reviendrai là-dessus avec un filtre un peu personnel, mais aussi, évidemment, en appuyant tout ça de théorie et aussi de retour d’expérience d’autres professionnels.
Différence avec un psychologue : pas de diagnostic, pas de thérapie, mais de l’accompagnement
Danaë Holler :
Quelle différence, du coup, tu fais entre, toi, ta pratique et celle, par exemple, d’un psychologue spécialisé ou non, d’ailleurs, dans les troubles des apprentissages ?
Pascale Delarue :
Alors, nous, du coup, on va déjà être sur ce courant plutôt de la pédagogie et de la psychologie positive. Donc, ça va être dans ce champ-là.
Danaë Holler :
Et on ne va pas être sur un champ large de la psychologie, comme un psychologue qui va vraiment être formé de manière large à différentes pathologies.
Pascale Delarue :
Exactement. Et donc, si pathologie, comme je le disais, ça dépend peut-être où se situe le curseur, j’ai envie de dire. C’est pour ça que lors de l’anamnèse, on va poser ces questions de… Depuis combien de temps ça dure ? Quelle est l’intensité, la fréquence ?
Et si c’est trop important, on va dire qu’il y a une différence entre je manque un petit peu d’estime de soi et là, c’est plutôt quand même une véritable problématique à traiter. Des choses comme ça. Et à ce moment-là, c’est important de pouvoir rediriger un problème familial, addiction, etc. c’est important de pouvoir… Ce qui est aussi la différence entre un élève qui, parce qu’il a eu une mauvaise note, va avoir un coup de mou, et l’élève qui va totalement s’effondrer, qui est en dépression, où là, il y a besoin d’en accompagner.
Voilà, et moi, si il est en dépression, je ne vais pas pouvoir faire grand-chose, parce que, vu que moi, mon métier, c’est beaucoup de transmettre des outils qu’il va falloir mettre à la maison, il faut quand même avoir une disponibilité qui ne sera pas OK si dépression il y a.
Donc là, je vais réorienter vers un psychologue. Et après, le neuropsychologue, il est habilité à faire passer des… Pour certains psychologues, etc. Nous, on n’a pas cette casquette. Non, non, non. Donc c’est ça aussi comme une différence importante. Donc je dirais vraiment, nous, on n’est pas sur la psychologie en sens large et on n’est pas habilité à faire passer des tests.
Lien avec le coaching : adhésion, motivation, et accompagnement familial
Danaë Holler :
Est-ce que du coup, il y a un lien entre justement la psychologie positive et les outils que tu peux transmettre avec une certaine méthode et des choses à mettre en place et le coaching du coup ?
Pascale Delarue :
Eh bien oui, je trouve qu’il y a pas mal de liens parce qu’on a vraiment besoin de l’adhésion du jeune. Un jeune qui vient et qui n’a pas du tout envie d’être là. Oui, avec la motivation, tout ça. Voilà.
Alors après, on peut travailler la motivation, mais dans ce cas-là, je vais aller plutôt sur l’estime de soi pour commencer. Et après, au moment où il doit mettre en place des choses… On ne peut pas attendre un changement sans un changement. Donc, il va falloir mettre en place des outils à la maison.
Donc, il y a vraiment une notion de coaching où il faut quand même faire adhérer l’élève, lui donner envie de le remettre en place à la maison derrière pour qu’il puisse ensuite progresser.
Travail en réseau : parents, enseignants, et autres professionnels
Danaë Holler :
Donc, de ce que je comprends, tu es en lien évidemment avec la personne consultante, donc l’enfant, l’ado. On reviendra peut-être sur cette partie d’adulte parce que ça va tomber dans l’oreille d’une sourde.
Mais du coup, avec les parents aussi. Les instituteurs, j’imagine, tu parlais tout à l’heure du projet d’accompagnement personnalisé, par exemple, et les autres professionnels. Donc vraiment, c’est effectivement, tu as un œil un peu partout, tu vois, sur l’accompagnement.
Pascale Delarue :
Oui, c’est très important de travailler en réseau. Oui, voilà, c’est le mot que je cherchais. C’est hyper important, voilà. Et s’il y a une mise en place de PRP, on peut donner des recommandations parce qu’on a nos observations et d’autres professionnels le font aussi.
Donc c’est super, grâce à toutes ces observations, ça permet de proposer le meilleur accompagnement possible. à l’école, et aussi inclure les parents, c’est très très très important. Il y a un âge où ils peuvent aussi mettre en place les outils tout seuls, mais primaires et début collège en général, j’entraîne quand même encore beaucoup les familles, et puis de les tenir informés, etc.
C’est important de travailler main dans la main, un peu comme une équipe, parce que ça ne se fait pas forcément… tout seul, de façon isolée, en fait. Surtout dans le cas de l’activité en libéral, où effectivement, c’est très important de travailler en réseau, parce qu’on est rapidement très seul, avec juste son patient, ou la personne consultante.
Interventions en collectif : pour toucher ceux qui ne peuvent pas se payer un accompagnement
Danaë Holler :
Alors là, du coup, toi, tu es au cabinet libéral dans lequel je bosse aussi, et tu travailles où, du coup, en parallèle de tout ça ?
Pascale Delarue :
Alors moi, en parallèle, j’interviens pour des structures, donc ça peut changer. Donc là, en ce moment, j’interviens… pour un centre social, pour une association. Et je peux aussi intervenir dans le cadre pour des écoles, etc. Et ce qui permet aussi de diffuser ces outils un peu plus largement.
Et ça me tient beaucoup à cœur de travailler aussi par d’autres biais parce que tout le monde ne peut pas s’offrir un accompagnement. On est bien d’accord. Donc, c’est hyper important pour moi de travailler aussi dans du collectif.
D’amener une compréhension aussi. de ce qu’est la psychopédagogie positive parce que j’en avais pas entendu parler avant que tu intègres le cabinet et c’est vrai que c’est intéressant aussi tu parlais de curseur tout à l’heure mais hop d’emmener le curseur ailleurs et de pas toujours être jusqu’au boutiste dans telle ou telle approche parce qu’on connait et parce qu’on sait que ça a peu fonctionné et que c’est comme ça depuis des années qu’on fonctionne.
Et d’amener aussi autre chose vers de nouveaux métiers qui sont en train de se créer et encore une fois je pense que c’est un métier d’avenir au sens où les troubles des apprentissages sont malheureusement de plus en plus récurrents dans le panel des élèves qui viennent consulter.
Ça va permettre aussi, je pense, de désengorger pas mal de cabinets de professionnels. On parlait tout à l’heure de l’orthophonie, mais qui ont des listes d’attente longues comme le bras, et encore, très grands bras. Pareil, les psychomotriciens qui, à certains moments, peuvent avoir des difficultés à accueillir.
Pareil pour certains psychologues qui, effectivement, sont spécialisés, par exemple, en neuropsychologie ou dans des troupes des apprentissages, etc. Ça peut être, à mon sens, complètement complémentaire.
Et les adultes ? Une pratique rare mais possible
Danaë Holler :
On a beaucoup parlé des enfants et des adultes. mais tout à l’heure, tu m’as parlé effectivement des adultes. Tu as aussi des adultes qui viennent te consulter ?
Pascale Delarue :
Oui, alors c’est très rare, parce qu’en fait, c’est tout simplement un adulte qui reprend des études ou une formation. C’est ce cas précis. Donc forcément, je peux, en plus, il arrive, on a toutes ces croyances de « Ah, maintenant, je n’arrive plus à retenir, ce n’est pas comme avant, comme quand j’étais à l’école. »
Ou alors, il y a les peurs de l’école qui reviennent, etc. Donc, dans ces cas-là, on peut venir me voir et on va mettre ensemble. qu’est-ce qu’il existe comme stratégie d’apprentissage on peut le voir ensemble de la même manière bien sûr c’est pas pareil entre un enfant un ado et un adulte mais du coup j’en ai quand même beaucoup moins parce que généralement il y a moins d’adultes qui reprennent les études.
Message final : la note ne définit pas l’enfant
Danaë Holler :
Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ou un message à faire passer aux personnes qui nous regardent en lien avec la psychopédagogie positive en lien avec ta pratique ou ton vécu déjà de ne pas trop s’inquiéter justement par rapport aux notes, à l’école, etc. ?
Pascale Delarue :
Ça ne fait pas tout. Il y a plein d’autres choses. On a des qualités, des compétences, des rêves qui nous poussent à faire de belles choses plus tard quand on sera adulte. Donc vraiment, de baisser cette intensité, c’est vraiment ce qui se passe au cabinet. C’est de travailler aussi sur tout ce stress qu’il y a autour. Effectivement, de retenir qu’une note ne nous définit pas.
C’est juste une appréciation à l’instant T de quelqu’un qui va faire une photographie. de quelque chose qu’on a émis ou qu’on a produit dans un contexte où ça se trouve il y avait beaucoup de stress beaucoup de choses qui font que voilà et que la note ne détermine pas du tout l’intelligence et comme tu dis il y a plein d’autres choses qui peuvent être à l’origine de ça et c’est important d’aller creuser et de comprendre d’où vient réellement la difficulté parce que voilà on peut par exemple faire du soutien scolaire toute sa vie mais si je sais pas qu’est ce qui est difficile pour moi.
C’est dommage parce qu’il y a des choses qui existent comme la psychopédagogie positive et qui permettent de reprendre la main sur ses apprentissages, d’avoir des techniques d’apprentissage et aussi d’amener à plus d’autonomie et de confiance. Et ça, c’est essentiel dans la vie de l’élève et pour toute la suite.
Conclusion de l’interview
Danaë Holler :
Top, génial. Merci beaucoup, Pascale, pour cet échange-là. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les mettre dans les commentaires. On fera nos deux petites souris pour aller regarder tout ça et vous répondre avec grand plaisir.
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Merci à vous.
Au revoir.


