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Attention ou concentration : comprendre la confusion chez l’enfant et l’adolescent

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Autrice : Aude HEULS

Manque de concentration … ou trop d’attention ? La confusion qui piège élèves, parents, mais pas seulement !

Le deuxième trimestre touche à sa fin et bientôt, les bulletins vont être remis aux familles. Avec eux reviennent des appréciations bien connues, comme une mélodie familière :

« Bon ensemble, mais manque de concentration. » 

« Se laisse distraire facilement en classe ! »

« Les résultats sont satisfaisants mais il faut être plus attentif. »

Ces remarques inquiètent souvent les parents d’enfants et d’adolescents. Elles traduisent aussi, du côté des enseignants, la complexité des difficultés rencontrées en classe. 

Dans le langage courant, on confond fréquemment attention et concentration. 

Moi, la première : pendant des années, en tant que professeure, j’ai utilisé ces termes comme s’ils étaient interchangeables. Or, ils renvoient à des réalités différentes, et les confondre conduit à des interprétations erronées. 

Les distinguer permet de mieux comprendre certaines difficultés scolaires. Cela donne aussi du sens au fameux « Concentre-toi ! » que nous avons sans doute tous prononcé un jour avec les meilleures intentions (sans forcément en fournir le mode d’emploi !). 

Garçon distrait en classe regardant ailleurs pendant un exercice scolaire

« Sois plus attentif ! » … mais attentif à quoi ?

L’attention, c’est notre capacité à capter ce qui se passe autour de nous, et en nous. 

Elle mobilise bien sûr nos cinq sens – vue, ouïe, odorat, etc. – mais aussi notre monde intérieur : pensées, émotions, préoccupations.

Être attentif, c’est un peu comme être en mode “ouverture totale”.

On peut l’imaginer comme un phare qui balaie en permanence l’horizon extérieur, et intérieur. 

Un enfant très attentif peut percevoir simultanément : 

  • les conversations autour de lui
  • l’avion qui passe
  • la lumière forte des néons
  • la tension entre deux camarades
  • sa fatigue ou sa faim
  • et, au milieu de tout cela, les explications de son enseignant. 

 

Son problème n’est donc pas forcément un manque d’attention. Parfois, au contraire, c’est une attention trop ouverte, et saturée d’informations !

Deux élèves en classe l’un distrait et l’autre concentré sur son exercice

Et se concentrer, alors… ça veut dire quoi ?

La concentration, c’est notre capacité à orienter volontairement notre attention vers une cible précise, et d’y rester malgré les distractions. 

On passe du phare dont la lumière balaie le paysage à 360° au projecteur braqué sur un point donné.

On peut donc être super attentif aux mouches qui volent et avoir de la difficulté à se concentrer sur un exercice de calcul ! Tout dépend de l’endroit où l’on décide de poser son projecteur.

Garçon faisant ses devoirs avec sa mère à côté malgré des distractions autour

Pourquoi les adolescents ont-ils du mal à se concentrer ?

Se concentrer implique : de sélectionner l’information pertinente, d’ignorer le reste, de maintenir l’objectif en mémoire et de résister aux distractions internes ou externes.

Autant de capacités qui reposent sur les fonctions exécutives. Celles-ci sont en grande partie pilotées par le cortex pré-frontal, une zone du cerveau encore en maturation chez l’adolescent. Par ailleurs, le cerveau émotionnel est très actif à cet âge et peut interférer avec ces fonctions. 

Se concentrer n’est donc pas une simple question de bonne volonté : c’est avant tout une question de régulation.

Ajoutons à cela la fatigue chronique liée au manque de sommeil, l’hyper-stimulation numérique ou encore des classes souvent chargées … on comprend alors que la concentration demande un véritable effort énergétique.

Certains profils sont encore plus vulnérables. Enfants avec TDAH, TSA, élèves dyslexiques en double tâche, adolescents anxieux ou en surcharge émotionnelle… Dans tous les cas où les fonctions exécutives sont fragilisées, le défi de la concentration devient plus important et la saturation plus rapide.

Autrement dit, un adolescent peut vouloir se concentrer sans toujours en avoir les moyens sur le moment.

Adolescent débordé essayant de se concentrer sur ses devoirs dans un environnement chargé

Comment aider un adolescent à se concentrer ?

Imaginons ce moment parfois redouté : celui des devoirs.
Et si clarifier l’objectif était la clé souvent oubliée ?

Les enfants et adolescents – surtout au collège – peuvent ressentir une appréhension, voire une réelle peur devant ce qui leur semble une montagne à gravir. Ce sentiment d’être dépassé peut suffire à bloquer toute mise au travail.
Les accompagner pour découper le trajet en étapes, comme autant de cibles précises sur lesquelles focaliser leur attention, peut alors s’avérer très aidant.

« Sur quoi dois-tu te concentrer maintenant ? » : Une consigne, un paragraphe, une étape.

Lire une consigne avec une véritable concentration consiste par exemple à vérifier que l’on comprend le sens des mots, que l’on identifie l’action demandée, les informations utiles, puis à découper la tâche en petites actions.

Pour les jeunes présentant des difficultés spécifiques, ce type de guidage – en particulier visuel – n’est pas seulement utile, il est souvent une condition nécessaire pour rendre la tâche accessible et amener progressivement à l’autonomie.

Adolescent accompagné par un adulte pour comprendre et organiser ses devoirs

Une question de boussole personnelle : à chacun son mode de concentration

Ce qui distrait l’un peut aider l’autre. Certains adolescents ont besoin d’un silence absolu pour travailler, tandis que d’autres se concentrent mieux avec un fond sonore constant qui masque les bruits imprévisibles. Il n’existe pas de méthode universelle. La concentration dépend du fonctionnement de chacun, de son niveau de fatigue, de son état émotionnel et du type de tâche à accomplir.

Je me souviens d’un élève de sixième particulièrement performant qui avait affirmé lors d’une heure de méthodologie qu’il ne pouvait apprendre ses leçons qu’avec de la musique. À l’époque, j’étais persuadée que cela ne pouvait que déconcentrer… parce que c’était le cas pour moi ! En réalité, ce fond sonore l’aidait à stabiliser son attention en filtrant les autres stimuli.

Le fait est que nous ne possédons pas tous le même mode d’emploi. 
La clé est donc individuelle : pas de recette magique applicable à tout un chacun ! Aider un enfant ou un adolescent consiste donc moins à imposer une règle qu’à mener une véritable enquête à la Sherlock Holmes sur ce qui lui convient le mieux.

Adolescente travaillant avec un casque audio pour mieux se concentrer

Adapter l’environnement pour faciliter la concentration

Vous l’avez compris, la concentration ne dépend pas uniquement de la volonté : elle est fortement influencée par l’environnement. Bruit, lumière, posture, température, interruptions … sont des facteurs de nature à soutenir l’attention, ou à l’épuiser.

Certaines personnes ont besoin d’un cadre très calme, voire de bouchons d’oreille ou d’un casque antibruit pour limiter les sollicitations extérieures. D’autres sont plus efficaces dans certaines tâches avec un fond sonore régulier (musique douce, bruit blanc).

L’organisation de l’espace joue également un rôle important. Un bureau trop encombré multiplie les stimulations visuelles et rend la focalisation de l’attention plus difficile. À l’inverse, préparer à l’avance le matériel nécessaire et dégager l’espace de travail permet de réduire l’encombrement visuel et donc la charge mentale : il sera plus facile d’entrer dans la tâche.

Le temps lui-même peut être rendu plus concret grâce à des supports visuels comme un time-timer : voir le temps s’écouler sous forme de portion colorée aide l’enfant ou l’adolescent à se projeter sur un temps défini et rend l’effort plus accessible.

Enfin, de courtes pauses régulières sont plus efficaces qu’un effort prolongé jusqu’à épuisement. Le cerveau récupère mieux lorsqu’on alterne les phases de travail et de repos plutôt que lorsqu’on attend d’être complètement saturé.

Adolescent travaillant sur un bureau organisé favorisant la concentration

Bouger pour mieux se concentrer ?

Contrairement à une idée largement répandue, rester parfaitement immobile n’est pas toujours la condition idéale pour se concentrer. Pour certains adolescents, le mouvement aide au contraire à canaliser l’agitation interne et à stabiliser l’attention.

Manipuler discrètement un objet, griffonner en écoutant, s’étirer ou se lever quelques minutes peut permettre d’évacuer une partie de la tension corporelle et mentale. Ce mouvement agit comme une soupape : il libère de l’énergie sans détourner totalement l’attention de la tâche.

Tous les objets ne se valent toutefois pas. Certains, très visuels ou hypnotiques comme les hand-spinners, captent l’attention au lieu de la soutenir. L’objectif n’est pas d’occuper les mains à tout prix, mais de trouver un support discret qui n’entre pas en concurrence avec la réflexion.

Là encore, l’essentiel est d’observer ce qui aide réellement l’adolescent, sans chercher à imposer un modèle unique.

Adolescent bougeant légèrement tout en travaillant pour rester concentré

Revenir au présent pour relancer l’attention

Lorsque la concentration décroche, insister coûte que coûte n’est pas toujours la solution la plus efficace. Le cerveau saturé n’apprend plus : il fait grève !

Une courte pause peut alors permettre de relancer l’attention. Se lever, marcher quelques minutes, boire de l’eau, respirer profondément ou regarder au loin aide le système nerveux à se réguler et à sortir de l’état de tension.

Toutes ces actions ont un point commun : elles ramènent l’attention dans le moment présent, à travers le corps et les sensations. Cette capacité à se reconnecter à l’ici et maintenant peut s’entraîner progressivement.

Certaines approches, comme la méthode du Dr Roger Vittoz, reposaient déjà sur ce principe : mobiliser la perception sensorielle (contact des pieds au sol, sensations de la respiration, observation attentive de l’environnement) pour retrouver une attention stable. Aujourd’hui, ses idées rejoignent les connaissances actuelles sur la régulation attentionnelle et émotionnelle.


La prochaine fois que vous lirez « manque de concentration » sur un bulletin, vous pourrez vous poser une autre question : s’agit-il vraiment d’un déficit d’attention… ou d’un radar trop ouvert dans un environnement saturé ?

Aider un adolescent à se concentrer ne consiste pas à lui demander de « faire un effort » abstrait. Il s’agit plutôt de l’aider à clarifier son objectif, adapter son environnement, comprendre son fonctionnement et préserver son énergie mentale.

Parfois, les leviers les plus efficaces sont aussi les plus simples : une pause, un verre d’eau, quelques minutes de mouvement, une nuit de sommeil suffisante. Le cerveau n’est pas une machine indépendante du corps, il dépend de lui !

Derrière un élève dit « distrait », n’y aurait-il pas un adolescent sensible, curieux, réactif… qui n’a pas encore trouvé sa boussole.

Et la bonne nouvelle, c’est que la concentration n’est pas un don réservé à quelques-uns : c’est une compétence qui se construit, progressivement, avec des outils adaptés et un regard bienveillant.

Adolescente faisant une pause pour se recentrer et retrouver sa concentration

Pour aller plus loin : sources et conseils de lectures 

Sommeil et Chronobiologie (Les fondamentaux)

Walker, M. (2018). Pourquoi nous dormons : Le pouvoir du sommeil et des rêves. Éditions Pocket.

C’est la référence mondiale actuelle. Matthew Walker y explique en détail pourquoi le sommeil paradoxal est crucial pour la santé mentale et le remodelage cérébral des adolescents.

Aude Heuls
Author: Aude Heuls

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